Ange s'installa dans le bus, son visage était impassible, personne, non vraiment personne, ne la remarqua. Elle portait ce jour là une robe jaune pâle, ses cheveux noirs étaient retenus en queue dans le creux de sa nuque par un ruban de couleur indéfinissable. Dans sa tête trottait la chanson qui passait à la radio lorsqu'elle avait quitté la maison : "You regret you made me, it's too late to save me..."
Elle ne se rappelait pas du titre de la chanson. Elle ne se rappelait jamais du titre de la chanson.
Elle le fredonnait à voix basse mais personne ne le remarquait : on prenait sa voix d'Edith Piaf grippée pour une radio mal réglée et les gens passaient à côté d'elle sans remarquer ses yeux gris délavés qui les dévisageaient.
Deux arrêts plus loin entra dans le bus un homme qui alla s'asseoir à côté d'elle. Il soufflait fort, avait la peau moite d'avoir fait bouger ses muscles, le visage mal rasé, habillé d'une salopette de fermier qui puait étrangement. On aurait dit une odeur de porc mélangé à celle d'un parfum bas de gamme.
Elle ne se rappelait pas du titre de la chanson. Elle ne se rappelait jamais du titre de la chanson.
Elle le fredonnait à voix basse mais personne ne le remarquait : on prenait sa voix d'Edith Piaf grippée pour une radio mal réglée et les gens passaient à côté d'elle sans remarquer ses yeux gris délavés qui les dévisageaient.
Deux arrêts plus loin entra dans le bus un homme qui alla s'asseoir à côté d'elle. Il soufflait fort, avait la peau moite d'avoir fait bouger ses muscles, le visage mal rasé, habillé d'une salopette de fermier qui puait étrangement. On aurait dit une odeur de porc mélangé à celle d'un parfum bas de gamme.
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De loin, il voyait le bus partir. Zut, il était un peu en retard. Il se mit à courir pour réussir à l'avoir, lui qui n'aimait pas du tout le sport c'était un comble. Il fit signe au chauffeur, et réussit de justesse à entrer dedans.
Il était essoufflé. Comme c'était bondé, il s'installa à la première place qui s'offrait à lui. C'était à côté d'une fraîche jeune femme, fredonnant une chanson qu'il ne connaissait pas, regardant les gens et le vide, alternativement. On aurait dit une gamine insouciante, innocente, chantonnant une comptine, dévisageant son monde.
Elle tourna rapidement la tête vers lui, exprima une légère grimace, puis se retourna et continua ce qu'elle faisait.
Lui l'observait. De haut en bas. De bas en haut. Elle sentait bon. Elle était mignonne. Elle était bien faite. Observant tout cela, un léger sourire s'esquissa sur le coin de sa bouche.
Dans sa tête germa une pensée déplacée, qu'il rejeta d'abord. Il tourna la tête vers l'autre côté pour ne pas y penser.
Puis au bout de deux minutes, il ne put s'en empêcher, il retourna le regard vers elle, si belle, si fraîche. Cette petite pensée pas catholique du tout se confirmait au fil des secondes. Et le sourire au coin de sa bouche de
s'agrandir.
~~~
Durant le trajet du premier arrêt où l'homme était monté et le suivant, Ange changea de musique. A présent, elle chantait de sa voix fluette la connue mélodie de "Love is all".
Love is all, love is all, love is all can't you hear that call?
Love is all, love is all, love is all can't you hear that call?
Puis elle sentit comme l'homme la regardait ; comment l'homme la regardait. De ce regard qu'elle n'avait jamais senti pour elle, cette façon de regarder qu'elle avait toujours lorgné du coin de l'oeil. Un frisson parcourut son échine, lentement puis de plus en plus présent. Elle sentait les petits coups d'oeil toujours plus appuyés et comprenait à travers la rougeur des pommets de l'homme des idées de plus en plus ... mh, vous m'avez comprise...
Et contre toute attente, cette idée lui plaisait. Lui plaisait vraiment ; bien qu'il puait affreusement le lait caillé et le porc, bien que son parfum semblait bas de gamme. Il ne fallait pas s'attendre à devenir Madame Bovary : elle, si insignifiante aux yeux des hommes. Elle devait se contenter, pensa t-elle, et lui adressa un sourire. Un vrai sourire qui ouvre les discussions.
Et contre toute attente, cette idée lui plaisait. Lui plaisait vraiment ; bien qu'il puait affreusement le lait caillé et le porc, bien que son parfum semblait bas de gamme. Il ne fallait pas s'attendre à devenir Madame Bovary : elle, si insignifiante aux yeux des hommes. Elle devait se contenter, pensa t-elle, et lui adressa un sourire. Un vrai sourire qui ouvre les discussions.
~~~
Il continuait.
Il continuait de la regarder.
Il continuait de la regarder avec envie. Une envie de plus en plus forte.
D'un seul coup, elle se tut. Peut-être avait elle compris qu'il la regardait. L'espace d'un instant, il se sentit honteux, et détourna le regard. Mais il continuait à être attentif à elle par l'ouïe. Il écoutait. L'épiait sans l'apercevoir.
Elle ne resta pas muette très longtemps, car elle enchaîna rapidement avec "Love Is All", la très connue mélodie. Toujours aussi innocemment. Lui, soupira intérieurement : elle ne l'avait pas remarqué.
Il vit son reflet dans la vitre du bus. Il souriait niaisement. Il déchanta dès qu'il remarqua son imbécile visage... Puis se ressaisit.
Il se retourna vers elle. La décortiquait du regard. Comme un boucher qui choisirait sa viande à l'abattoir : il ne prend que le meilleur. Et la, il en a trouvé pour son ticket de bus. 1,10¤ pour de beaux yeux d'un marron chocolat à dévorer, pour de belles petites dents bien blanches, pour de longs cheveux châtains chaleureux, pour un corps joliment dessiné, pour des seins bien ronds, pour de belles fesses apparament fermes, et surtout pour de la chair fraîche, légèrement bronzée, c'était vraiment pas cher payé, se dit-il.
Juste sur la fin de sa réflexion qui lui donnait l'eau à la bouche, la faim au ventre, et une bonne ér.....hum, ce beau morceau de chair fraîche se retourna et lui adressa un grand sourire. Perversement, il pensa tout de suite que sa bouche serait bien assez grande pour son Caterpillar... Puis il se reprit, rougit un peu, se rouspéta lui même dans ses pensées, puis lui adressa le même sourire suivi d'un "Bonjour chère Mademoiselle".
Tout en prononçant ces mots, il se redressa, essaya de prendre un air d'Homme, puis, tout en relevant son béret comme si c'était la canicule, continua par un "Fait-y pâs chaud dans c'bus, dam'dont, trouvez-vous pâs ?", tout en se servant abondamment de son << forfait voyelles>>,ce qui donnai un "fai-y bâ jo dan z'buz, am'don, drouvé-ou bô?"... Humhum.
Il continuait de la regarder.
Il continuait de la regarder avec envie. Une envie de plus en plus forte.
D'un seul coup, elle se tut. Peut-être avait elle compris qu'il la regardait. L'espace d'un instant, il se sentit honteux, et détourna le regard. Mais il continuait à être attentif à elle par l'ouïe. Il écoutait. L'épiait sans l'apercevoir.
Elle ne resta pas muette très longtemps, car elle enchaîna rapidement avec "Love Is All", la très connue mélodie. Toujours aussi innocemment. Lui, soupira intérieurement : elle ne l'avait pas remarqué.
Il vit son reflet dans la vitre du bus. Il souriait niaisement. Il déchanta dès qu'il remarqua son imbécile visage... Puis se ressaisit.
Il se retourna vers elle. La décortiquait du regard. Comme un boucher qui choisirait sa viande à l'abattoir : il ne prend que le meilleur. Et la, il en a trouvé pour son ticket de bus. 1,10¤ pour de beaux yeux d'un marron chocolat à dévorer, pour de belles petites dents bien blanches, pour de longs cheveux châtains chaleureux, pour un corps joliment dessiné, pour des seins bien ronds, pour de belles fesses apparament fermes, et surtout pour de la chair fraîche, légèrement bronzée, c'était vraiment pas cher payé, se dit-il.
Juste sur la fin de sa réflexion qui lui donnait l'eau à la bouche, la faim au ventre, et une bonne ér.....hum, ce beau morceau de chair fraîche se retourna et lui adressa un grand sourire. Perversement, il pensa tout de suite que sa bouche serait bien assez grande pour son Caterpillar... Puis il se reprit, rougit un peu, se rouspéta lui même dans ses pensées, puis lui adressa le même sourire suivi d'un "Bonjour chère Mademoiselle".
Tout en prononçant ces mots, il se redressa, essaya de prendre un air d'Homme, puis, tout en relevant son béret comme si c'était la canicule, continua par un "Fait-y pâs chaud dans c'bus, dam'dont, trouvez-vous pâs ?", tout en se servant abondamment de son << forfait voyelles>>,ce qui donnai un "fai-y bâ jo dan z'buz, am'don, drouvé-ou bô?"... Humhum.
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